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Le monde économique est depuis plus de 40 ans en crise. Ce n’est pas une nouvelle. La crise des subprimes et la faillite du géant financier Lehmann Brothers n’ont fait qu’accentuer cet état depuis quelques années. La crise de la dette des Etats souverains qui est en train de suivre ne fait que le confirmer. Les adultes, notamment les quadras et trentenaires, nés dans les années 70 n’ont connus que cet environnement de difficultés, de chômage, de pression plus ou moins forte pour s’en sortir. Y compris dans le monde de l’entreprise et cela est d’autant plus vrai depuis que nous sommes dans un monde connecté, globalisé, libéralisé. La performance économique à tout prix dans cette bataille mondiale où les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous entraîne un stress notable et souvent une compétition entre les membres d’une même entreprise. Il est à ce sujet intéressant de noter que cette compétition commence très tôt dans la vie, déjà au stade de l’école où notre Education Nationale n’a su jusqu’à présent que mettre les plus jeunes en rivalité par un jeu de comparaison via les notes. Mais cela est un autre sujet… Nous y reviendrons, car les passerelles entre le fonctionnement des hommes dans les entreprises et la façon de les avoir éduqués sont plus courtes qu’il n’y paraît. Revenons-en donc à cette crise systémique et aux solutions pour en sortir…

OSER TRAVAILLER HEUREUX !

Dans leur ouvrage, « Oser travailler heureux », Jacques Salomé et Christian Potié cassent un tabou, celui de mettre côte à côte le verbe « travailler » et l’adjectif « heureux ». Antinomique à souhait, n’est-ce-pas ? Et pourtant… Voyons leur raisonnement.

Ils nous disent tout d’abord que « la crise n’est rien d’autre que le nom donné à la forme visible et bruyante d’un changement inéluctable, ou d’une transformation non prévue ou non programmée qui se déroule dans l’improvisation, la douleur et le stress […]. L’explication des crises durables, permanentes ou volcaniques qui agitent toutes les organisations réside dans une méconnaissance profonde des comportements relationnels entre les hommes […]. Le monde est non seulement en perpétuelle évolution, mais cette dernière s’accélère, l’impermanence en est une des caractéristiques fondamentales […]. La crise ne serait-elle rien d’autre que notre inaptitude à nous couler et à surfer dans ce tourbillon incessant, naturel et nécessaire du changement ? 

Approche intéressante, certes, mais concrètement ? Et bien les auteurs fondent leur approche que les crises seront dépassées et assimilées quand les hommes et les femmes en situation de travail accepteront de vivre un mode de relation et de communication fondé sur plusieurs principes. Parmi ces principes il y en a un qu’il nous paraît intéressant de développer… Il s’agit de « l’aptitude à s’écouter, à s’entendre, à se respecter dans ses ressentis et à le dire aux autres pour pouvoir développer sa capacité à écouter, à entendre et à respecter l’autre […]. La crise résulterait d’une sous-utilisation du potentiel de richesse humaine, et des déperditions considérables d’énergies, utilisées par chacun pour se protéger, comprendre ou interpréter les non-dits, se défendre ou se valoriser au détriment de collègues. »

L’INTELLIGENCE EMOTIONNELLE COMME CLE ?

Rappelons-le, l’intelligence émotionnelle est entre autre la capacité d’exprimer ses émotions et de faciliter l’expression des émotions d’autrui, et donc d’avoir la capacité d’être dans une relation constructive et respectueuse avec notre interlocuteur. Autrement dit, d’être dans la capacité à communiquer. Et oui, jusqu’à preuve du contraire la communication c’est de l’émotion (sinon cela s’appellerait deux ordinateurs en réseau).

Seul problème, selon Jacques Salomé et Christian Potié, il y a « une difficulté de l’homme à développer des relations vivantes et créatives. Cette situation est le résultat d’une déficience dans la communication intrapersonnelle et d’une incapacité à communiquer et à traiter adéquatement les conflits interpersonnels. Alors que l’essentiel de nos études se passe à acquérir des connaissances et des savoirs, à développer des capacités de raisonnements, de déduction et de logique, peu de temps, voire aucun moment, dans certaines institutions à vocation éducative, est consacré à l’apprentissage de la vie en groupe, aux techniques de communication, à l’acquisition d’outil susceptibles de créer une relation harmonieuse ou vivante entre deux ou plusieurs individus […]. Les analphabètes de la communication interpersonnelle et des relations sociales sont légion dans les entreprises à tous les niveaux ».

Autrement dit tout le potentiel de développement économique d’une entreprise est mis à mal par la difficultés de ses hommes à entrer en relation, à communiquer, à échanger, à se respecter, à se comprendre… à faire preuve d’intelligence émotionnelle. Le potentiel de collaboration est de ce fait complètement sous-utilisé. Et la collaboration entre les hommes d’une même organisation est la seule clé pour qu’elle puisse s’en sortir, aller plus vite et s’adapter aux incessants changements de son environnement ! Ce n’est plus la grosse entreprise qui mange la petite mais bien la plus rapide qui mange la plus lente !

La crise économique est donc avant tout une crise relationnelle dans les entreprises. « Elle résulte de la difficulté pour les personnes à entrer en relation, à communiquer sur 3 niveaux interdépendants : la communication fonctionnelle, interpersonnelle et intrapersonnelle. »

Dans leur analyse les auteurs privilégient « le facteur relationnel aux autres données de la crise économique, sur lesquelles l’entreprise a finalement une influence réelle réduite « . Ils préconisent « donc que dans l’entreprise, le registre du relationnel [et donc de l’émotionnel puisque deux hommes ne peuvent être en relation sans émotion], soit considéré et traité avec le même sérieux, le même intérêt et le même enthousiasme que les niveaux purement économique et organisationnel ».

Nous verrons dans une prochaine contribution de façon très concrète des exemples de ce que les auteurs appellent « l’hygiène relationnelle » que je traduis par le terme de MANAGEMENT EMOTIONNEL basé lui-même sur l’intelligence émotionnelle…

A suivre […]

Reynald Heckenbenner

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