Raphaël Enthoven, dans une de ses chroniques matinales, sur une chaine de radio bien connue, posait la question suivante : « Faut-il supprimer les feux rouges » ? Moi-même au volant à ce moment-là je me suis dit « question incongrue… évidemment que non, au risque que le comportement déjà irrespectueux des automobilistes que nous sommes viennent dérégler encore plus le flux de circulation et augmenter les risques ».

Et pourtant… les expériences nous montrent que parfois la sécurité augmente quand les contraintes diminuent. Ainsi, le philosophe nous explique que dans la ville de Philadelphie, les accidents ont baissé de 25% depuis que la ville a fait supprimer les feux tricolores (mais cherchez en France, nous y songeons aussi…).

Nous sommes ici dans le cas classique et assez fréquent que ce n’est pas « la loi qu’on respecte mais ses représentants qu’on redoutent. Au lieu de contraindre à l’arrêt, la présence de feux a pour effet de susciter des comportements dangereux. Dans la crainte de passer à l’orange les voitures arrivent à toute vitesse… alors qu’avec la suppression des feux on observe, empiriquement, qu’une conduite souple et pacifiée a remplacé une conduite par à-coups. Retirer les contraintes réduit le danger. Il arrive qu’on respecte davantage la loi quand elle ne nous est pas imposée. »

Raphaël Enthoven va plus loin en citant Kant (je sais, cela vous rappelle de difficiles moments)… Il nous explique que cela correspond à ce que Kant appelle « la sortie de l’homme de sa minorité ». Il s’agit du « passage d’une loi qu’on reçoit d’un autre à une loi que l’on se donne à soi-même ». Cela s’appelle également l’autonomie. Puis il rajoute que « le paradoxe de la loi qu’on se donne à soi-même est que, tout en étant propre à soi, elle est aussi la loi de tout le monde ». Et c’est la raison pour laquelle finalement « les gens ralentissent d’eux-mêmes aux intersections » !

Donc, « quand le feu est vert, personne ne regarde à droite ou à gauche avant de passer, non parce qu’il n’y a aucun risque, mais parce que si le feu est vert la loi me donne le droit de passer. Or, si l’on supprime le feu, le devoir d’être vigilant prévaut sur le droit de passer. On s’oblige soi-même parce qu’on a cessé d’être contraint. Moins on a de contraintes, plus on a de devoirs. Pour que la loi se désincarne, il faut l’incorporer ».

Cette chronique m’a fait penser à toutes ces « lois » que nous avons dans nos entreprises et qui nous empêchent d’être autonomes. Attention, il ne s’agit pas d’anarchie dont certains diront que je fais l’éloge… Mais en réfléchissant bien, nous connaissons tous des « lois » dans nos entreprises qui nous empêchent d’être autonomes, qui ne nous responsabilisent pas et qui parfois nous font adopter des comportements « dangereux » (je mets ce dernier mot entre guillemets, la dangerosité n’étant que relative, il faudrait plutôt le voir comme des comportements faisant porter des risques à l’entreprise).Des exemples ? Combien de règles sont en place dans nos entreprises pour contrôler ou réguler des comportements ? Et si vous tentiez de les supprimer en faisant confiance à la capacité de vos collaborateurs à s’auto-réguler ? Quand vous êtes en face d’une règle qui n’est suivie que par peur de la hiérarchie ou d’une sanction alors vous êtes en face d’une mauvaise règle qui ne rendra jamais votre équipe responsable et autonome. Quand la règle ne nous est pas imposée, nous nous régulons naturellement…

Reynald Heckenbenner

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