Compétition

Je regardais ce matin une interview d’un philosophe nous expliquant les méfaits de la compétition sur nos enfants. Selon lui, il ne fallait pas chercher plus loin les causes des tensions de notre monde contemporain. Les commentaires des internautes n’allaient pas vraiment dans son sens et fustigeaient même cette position. Florilège : « face aux pays émergents il faut se battre car eux n’attendrons pas… », « c’est dans la nature de l’homme, la compétition permet de se surpasser voire de se sublimer », « c’est un apprentissage… », « entre l’élitisme et le nivellement par le bas mon choix est fait… », « laissons les rêveurs là où ils sont… » Face à eux les partisans de la coopération relançaient le débat.

Mais au fond doit-il y avoir débat entre compétition et coopération ?

Non, de mon point de vue il n’y a pas débat car il n’y a que des bienfaits dans la compétition… Mais pas dans la compétition entre les enfants, entre les personnes, entre nous. Non. Je suis pour la compétition uniquement contre soi… car il n’y a que celle-là qui apporte une meilleure collaboration entre les personnes. « Oui » me direz-vous, « on connaît déjà cette diatribe », certains me diront qu’ils m’ont vu venir…

J’apporterais cependant une précision. La vraie compétition se joue contre son ego. Parce que la compétition, au sens où nous l’entendons de prime abord, ne nourrie que notre ego. Et ce qui est sous-jacent c’est la quête du pouvoir et du territoire. Et l’instinct de survie ou la sélection naturelle n’expliquent pas tout. La compétition contre notre ego nous permet plusieurs choses. D’abord, cela permet de mieux nous connaître. « Connais-toi toi-même »… Ressortez vos livres de philo… Plus tard, cette citation de Socrate sera complétée par « et tu connaîtras les Dieux et l’Univers ». Tiens, c’est intéressant… Se connaître soi-même pour connaître quelque chose de plus grand…

Donc, cette vraie compétition contre son ego est celle qui doit nous permettre de laisser nos peurs de côté (l’ego aime la peur, c’est son moteur principal). Elle doit aussi nous permettre de guérir nos blessures (l’ego veut nous protéger pour ne plus subir nos blessures passées). Cela demande du courage, cela demande de se dépasser et d’aller chercher les choses au fond de soi. Cela demande de l’humilité.

Cette vraie compétition nous emmène sur un chemin lumineux, celui de l’élévation de notre propre niveau de conscience sur la vie et donc sur nous-mêmes, celui de notre capacité à nous transformer rapidement et facilement face aux changements rapides de ce monde, celui de notre capacité à comprendre qu’il y a des choses plus grandes que notre logique de pouvoir et de territoire…

Et c’est uniquement quand cette compétition face à soi sera bien engagée que la conséquence émergera : celle des bienfaits de la coopération !

Face aux enjeux économiques et écologiques, face au transhumanisme et à l’arrivée de l’intelligence artificielle, pour répondre à cette quête de sens et être plus rapide dans notre transformation il n’y a que la coopération qui fonctionne. Rien n’est pire pour soi que de refuser la transformation. La philosophie bouddhiste nous l’explique avec cette notion « d’impermanence ». Mais pour le comprendre la compétition face à son ego est primordiale.

Je pense en effet que l’avenir a toujours appartenu à ceux qui savaient être en compétition contre leur propre ego, pour le dépasser, se transcender et ainsi développer des compétences émotionnelles et cognitives fortes. C’est là toute la quintessence d’une bonne intelligence collective et collaborative.

Le chemin est long… et commence aussi par notre école et ce système de notation qui met déjà dans la tête de nos enfants le goût sucré de la compétition… Encourageons la montée des pédagogies alternatives, Montessori notamment avec laquelle Céline Alvarez a obtenu des résultats remarquables. Encourageons la pédagogie avec les neurosciences dont Jean-Michel Blanquer et Stanislas Dehaene sont les moteurs, afin de mieux prendre en compte le fonctionnement de notre cerveau pour apprendre et comprendre. Encourageons enfin toutes les personnes qui sont convaincues des bienfaits de la neurosagesse et de l’apprentissage comme Idriss Aberkane.

La seule voie passe par là : la compétition contre son ego pour les bienfaits de la coopération.

Je ne peux m’empêcher pour terminer de citer John Cage, écrivain et compositeur : « l’université c’est 200 étudiants lisant le même livre… Une erreur flagrante car 200 étudiants peuvent lire 200 livres ». A méditer…

Reynald Heckenbenner

 

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