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« Les émotions, tu les laisses à la porte de l’entreprise ». Qui n’a jamais entendu cette phrase dans son milieu professionnel ? L’entreprise n’a jamais été le lieu où les émotions pouvaient s’exprimer…

Notre culture scientifique occidentale basée sur le réductionnisme (« un grand problème pour le résoudre tu le sépares en petits problèmes ») et sur le déterminisme (« il y a une réponse logique à tous les problèmes ») a permis de nombreuses avancées et découvertes. Mais elle aura aussi permis de séparer le corps de l’esprit, le coeur de la tête, la réflexion de l’émotion et donc le rationnel de l’émotionnel. Les esprits purement cartésiens si longtemps loués risquent d’être remisés dans les archives de l’Histoire de l’Humanité ! De toute façon pour eux, l’IA fera le travail à leur place d’ici peu : Daniel Pink dans son ouvrage « L’homme aux deux cerveaux » l’expliquait déjà il y a plusieurs années.

Depuis qu’Antonio Damasio a remis en cause ce dualisme de la raison et du coeur dans son fameux livre « L’erreur de Descartes » paru en 1994, les émotions n’ont eu de cesse d’être de mieux en mieux acceptées. Chez soi d’abord. Au travail ensuite. Pour autant le chemin est encore long et il faudra encore du temps.

Mais récemment et pour la première fois, une étude française vient de faire un état de la situation émotionnelle des français dans leur travail.

En effet, le cabinet SBT Human(s) Matter a mené une étude auprès de 1034 salariés français issus d’entreprises de toutes tailles afin d’étudier et de comprendre les émotions.

« Si jusqu’à maintenant, elle étaient laissées à la porte des entreprises, une révolution se met en place grâce à cette quête de bien-être des collaborateurs », déclare Riadh Lebib consultant chercheur au sein du cabinet et docteur en neurosciences.

Bonne nouvelle donc !

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D’après les résultats de cette étude commentés dans un article de Courrier Cadre du 9 avril 2018, « les cinq émotions les plus ressenties sont la concentration, la confiance en soi, l’énergie, la motivation et le calme. Quant aux négatives on retrouve la fatigue, l’anxiété, le stress, la contrariété, la tension et la colère ».

On peut néanmoins s’interroger sur la définition d’une émotion à la lecture de cet article… mais là n’est pas le fond du sujet. Il s’agirait ici plus de sentiments et de ressentis que d’émotions au sens premier du terme (hormis pour la colère).

Le fond de la question réside plutôt dans l’expression de ces émotions et dans l’interaction des hommes et des femmes dans ces situations d’expression émotionnelles au sein des entreprises.

C’est là qu’il reste du chemin à parcourir. Aujourd’hui nous n’avons pas vraiment appris à exprimer nos émotions et à les ressentir chez nous d’abord. A la machine à café on entend plutôt des « comment ça va ? » suivi par des « ça va » peu importe la réalité ou peut-être parfois des « je me sens pas bien j’ai mal dormi ». Caricatural me direz-vous ? De la simple convenance sociale à la machine à café ? Pas certain… observez juste la prochaine fois… à la machine à café mais ailleurs dans l’entreprise aussi…

C’est le signe distinctif d’un manque d’apprentissage émotionnel dans nos sociétés (au sens sociétal).

L’apprentissage émotionnel permet de décrire le plus fidèlement possible le ressenti corporel de l’émotion avec les verbes et les mots adéquats. Et la conversation à la machine à café deviendrait : « comment te sens-tu ce matin ? » suivi par « je me sens d’humeur joyeuse, mes ondes sont positives, je me sens léger » ou par « je me sens triste et fatigué et je me sens donc manquer d’énergie ».

L’essentiel, vous l’aurez compris, c’est de se connecter à ses ressentis pour les exprimer.

L’enjeu me semble primordial.

Un manager capable d’être à l’aise avec ses ressentis corporels et donc ses émotions sera capable de les comprendre, de les accepter avec bienveillance et de les exprimer. Et donc de prendre des décisions au plus juste pour lui et ses collaborateurs. C’est la fameuse « authenticité » qu’on souhaite voir partout.

Ce même manager sera ainsi plus à même d’être en posture basse avec ses collaborateurs et selon l’émotion de prendre ou de ne pas prendre de décision. N’ayons pas peur aujourd’hui de dire « je ne me sens pas bien aujourd’hui, je suis en colère et je ressens cette onde forte en moi qui m’empêche pendant un moment d’être lucide, aussi je préfère remettre la décision à plus tard ».

C’est à cette condition que le manager sera capable d’être aussi plus empathique avec ses équipes, de sentir les émotions de ses propres collaborateurs et de leur permettre cette même expression.

Le bien-être au travail commence par là. Cette éducation émotionnelle est nécessaire et permettra à l’émotion de ne pas être enfuie et ressassée pour mieux jaillir dans un moment inattendu voire pire…

Chaque manager doit avoir conscience de cela. Pour un vrai management émotionnellement intelligent ! Alors, n’ayons plus peur, exprimons nos réelles émotions au travail, dans le respect des autres mais surtout dans le respect de soi.

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Roue des émotions de Plutchik

Reynald Heckenbenner

 

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