Reconnaître l’émotion, la repérer et la nommer constituent la base de l’intelligence émotionnelle. Cela repose sur le tryptique Ressentir / Comprendre / Communiquer.

C’est ce qu’on appelle la pleine conscience émotionnelle et c’est la porte d’entrée pour une pleine maturité émotionnelle à la portée de tout le monde.

La maturité émotionnelle se compose de 9 stades d’expression des émotions (parfois 7, les 3 derniers n’en constituant qu’une). Voici de quoi il en retourne…

Stade 1 : l’émotion est refoulée, elle est purement et simplement niée.

Stade 2 : l’émotion est reconnue dans son fondement mais est réprimée dans son expression.

Stade 3 : l’émotion s’exprime mais est masquée sous la forme d’une autre émotion. C’est ce qu’on appelle le « racket » émotionnel et cela permet de remplacer une émotion insupportable par une émotion supportable pour soi. 

Exemple : pour un homme exprimer une colère pour cacher une tristesse car un homme « ne pleure pas »

Stade 4 : l’émotion s’exprime mais de façon disproportionnée et inadéquate eu égard au contexte ou à l’environnement.

Ces 4 premiers stades sont assez représentatifs de ce qu’on peut voir et vivre dans nos sociétés compte tenu de notre système éducatif et de notre culture. Mais la maturité émotionnelle commence à s’exprimer réellement à partir du 5ème stade.

Stade 5 : l’émotion s’exprime de façon juste en relation avec ce qui la déclenche.

Exemple : « Je me sens embêté que tu quittes le bureau chaque jour sans prendre le temps de venir me voir pour discuter de la journée. Je crois que j’en suis triste »

Stade 6 : l’émotion s’exprime de façon juste et est assortie de l’expression d’un besoin.

Exemple : « Je me sens embêté que tu quittes le bureau chaque jour sans prendre le temps de venir me voir pour discuter de la journée. Je crois que j’en suis triste. J’ai besoin qu’on se prenne le temps ensemble pour se faire notre débrief de la journée »

Stade 7 : l’émotion s’exprime de façon juste, est assortie de l’expression d’un besoin et formulée avec une demande.

Exemple : « Je me sens embêté que tu quittes le bureau chaque jour sans prendre le temps de venir me voir pour discuter de la journée. Je crois que j’en suis triste. J’ai besoin qu’on se prenne le temps ensemble pour se faire notre débrief de la journée. Serait-il possible pour toi d’être attentif à cela et de te prendre ce temps ? »

On peut aller plus loin et assortir la demande d’une proposition mais aussi d’un engagement personnel.

Stade 8 : l’émotion s’exprime de façon juste, est assortie de l’expression d’un besoin et formulée avec une demande et une proposition.

Exemple : « Je me sens embêté que tu quittes le bureau chaque jour sans prendre le temps de venir me voir pour discuter de la journée. Je crois que j’en suis triste. J’ai besoin qu’on se prenne le temps ensemble pour se faire notre débrief de la journée. Serait-il possible pour toi d’être attentif à cela et de te prendre ce temps ?  Je te propose de te garder 10 mn chaque jour dans ton timing pour pouvoir le réaliser »

Stade 9 : l’émotion s’exprime de façon juste, est assortie de l’expression d’un besoin et formulée avec une demande, une proposition et un engagement personnel.

Exemple : « Je me sens embêté que tu quittes le bureau chaque jour sans prendre le temps de venir me voir pour discuter de la journée. Je crois que j’en suis triste. J’ai besoin qu’on se prenne le temps ensemble pour se faire notre débrief de la journée. Serait-il possible pour toi d’être attentif à cela et de te prendre ce temps ? Je te propose de te garder 10 mn chaque jour dans ton timing pour pouvoir le réaliser. De mon côté je m’engage à ne pas être en rendez-vous client à ce moment pour être pleinement disponible ».

Ce dernier stade est atteignable. Il faut simplement une dose de courage et de l’honnêteté pour ressentir l’émotion, la nommer et exprimer la demande. Si la demande est en effet exprimée, la proposition et l’engagement seront plus faciles à atteindre. A partir de quand faut-il exprimer cette demande ? Et bien à chaque fois que vous ne vous sentirez pas respecté.

Chaque manager a les clés à sa disposition et est responsable de ses émotions et de ce qu’il en fait.

En situation managériale il devient de ce fait plus simple de gérer les émotions de son collaborateur ou de son collègue. Et c’est là que s’exprimera toute l’intelligence émotionnelle de ce manager.

Voici ce que cela pourrait donner :

Vous êtes face à une émotion niée et refoulée : questionnez simplement la personne sur sa situation et les émotions ressenties.

Vous êtes face à une émotion réprimée : invitez simplement la personne à nommer ce qu’elle ressent au fond d’elle-même.

Vous êtes face à une émotion détournée : invitez la personne à faire le lien entre ce qu’elle ressent et ce qui déclenche cette émotion (elle sera ainsi en contact avec une émotion plus juste pour elle).

Vous êtes face à une émotion disproportionnée : gardez tout d’abord votre calme… connectez-vous à votre respiration et invitez la personne à exprimer le besoin qu’elle n’a pas encore identifié.

Vous êtes face à un besoin exprimé : invitez la personne à formuler une demande.

Vous êtes face à une demande exprimée : essayez d’y répondre au mieux en respectant vos propres besoins.

Notre éducation et notre culture cartésienne ne nous ont jamais permis d’expérimenter tous les stades de la maturité émotionnelle. C’est à nous d’y aller, avec nos forces, nos vulnérabilités, en pleine conscience et en étant indulgent avec nous-mêmes car tout ne viendra pas tout de suite.

Et c’est à mon sens la voie unique vers une plus grande harmonie dans la communication au sein des entreprises et dans nos vies quotidiennes avec nos proches.

La maturité émotionnelle est un don. Un cadeau d’amour pour soi et les autres.

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Reynald HECKENBENNER

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