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« Quand le vent souffle, certains construisent des murs, d’autres des moulins à vent »

Cette citation anonyme résume parfaitement mon sentiment face aux questions concernant l’entreprise libérée et au-delà toute évolution ou changement dans nos vies.

J’ai débuté ma vie professionnelle comme chef de rayon dans la grande distribution au début des années 2000. J’avais la chance d’être responsable du rayon livre, musique et vidéo. Une chance, car cela nourrissait ma soif d’ouverture et de culture. Je me souviens de nombreux échanges avec les commerciaux des maisons de disques de l’époque (Sony, BMG, Warner, EMI…) sur l’avenir du marché de la musique et du CD. A cette époque en effet, le support physique du CD commençait son déclin. Napster venait de faire son apparition, internet s’ouvrait au grand public, le « piratage » était le mot dans toutes les bouches. Les stratégies de défense et de survie se mettaient en place. Ces mêmes commerciaux, relayant la politique de leurs maisons de disques, tenaient le même discours. Celui de se battre contre une vague de fond à coup d’offres promotionnelles déjà dépassées et d’actions de lobbying dans le but de faire passer des lois interdisant le piratage. J’étais surpris par cette vision unique du discours. Personne ne me disait, « le marché bouge, c’est une opportunité, notre maison de disque va préempter l’évolution et investir dans le numérique et le partage ». Une société l’a fait rapidement : Apple. Résultats pour les maisons de disques : un marché qui s’évapore, qui se reconstitue mais qui laisse les retardataires sur le côté. Les maisons de disques ont fusionné avec des milliers d’emplois détruits (mais recrées ailleurs cela dit).

La rapidité de réflexion est nécessaire pour comprendre qu’un marché se retourne et que la vague est submersive. Elle peut être lente et submersive. Aujourd’hui le terme employé est celui de disruption ou « d’ubérisation » pour faire écho au marché du transport privé de personnes. Mais plus on est sur une stratégie de défense, plus on est aveugle, plus on a peur, plus on va chercher à légiférer pour éviter d’être noyé par cette vague. Cela s’appelle la résistance au changement. Légitime parfois. Utopique souvent. Simple et complexe réaction de notre cerveau dans l’optique unique de survivre. Des millions d’années d’évolution sont derrière…

Il est intéressant de noter qu’à chaque fois la réaction des acteurs en place reste la même. Seule une minorité s’en sort : celle qui voit une opportunité. De tout temps les marchés ont évolué de cette façon. De celui des scribes quand l’imprimerie est née à celui des lanceurs d’engins spatiaux (avec Space X dont les lanceurs sont réutilisés en retournant sur terre après un lancement). Alors comment trouver en chaque chose une opportunité ? Comment se libérer de nos peurs ? Comment construire des moulins à vent et non des murs pour profiter de cette force naturelle du vent ?

Les exemples de l’entreprise libérée et des nouvelles formes de gouvernances d’entreprises illustrent bien ce phénomène.

L’entreprise libérée fait peur. Le dirigeant « libérateur » porte la vision de cette libération, il en est convaincu et n’a souvent pas de peur sur le sujet. Il porte le « pourquoi ». Les collaborateurs, au plus près du client ou de la chaîne de production se retrouvent à prendre les décisions les meilleures sur le « comment », à prendre des initiatives, à être plus autonomes. Certains en ont peur mais globalement la bienveillance et l’accompagnement permettent à ceux qui le peuvent et le veulent d’avancer sereinement.

Au niveau des managers cependant l’histoire n’est pas tout à fait la même. Les questions de leur rôle et de leur utilité se font assez rapidement prégnantes :

« Que vais-je devenir ? »

« A quoi vais-je servir ? »

« Quel va être mon métier demain, je ne suis pas venu pour ça… »

Les fonctions du manager de commander, diriger, planifier, organiser vont se muer en celles de coacher, faciliter, simplifier, questionner, accompagner etc. Une évolution notable qui fait peur parce qu’elle nécessite, au-delà d’acquérir des compétences, de travailler sur son ego. Hors l’ego, au fur et à mesure de nos réussites a une propension à prendre le pouvoir et à résister au changement…

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Voici les quelques pistes de travail envisagées pour le contenir et avancer sereinement…

1/ Comprendre le rôle de l’ego : l’ego c’est notre mental, nos émotions, nos croyances. Il nous aide à nous représenter la réalité et nous protège des blessures du passé. La 1ère étape est donc de comprendre qu’il ne nous veut pas de mal.

2/ Mettre cet ego à distance : en comprenant qu’il s’active principalement par notre besoin de reconnaissance souvent extrinsèque. La 2ème étape est donc de chercher à se reconnaître soi-même sans être dépendant du regard des autres.

3/ Faire preuve de maturité émotionnelle : plus facile à dire qu’à faire… Je vous invite pour cela à lire mon billet sur le management en pleine conscience émotionnelle. La 3ème étape est donc de reconnaître les émotions en jeu et de les accueillir.

4/ Lâcher prise par rapport à la peur : omniprésente en nous, héritage du câblage cognitif de notre cerveau. La 4ème étape est celle de se poser la question de savoir « quelle situation serait pire que celle que je vis dans une libération d’entreprise en tant que manager ? » Et ainsi de suite jusqu’à un déminage pour comprendre que ces peurs sont bien souvent dysfonctionnelles et issues de nos croyances. La 4ème étape est donc de déconstruire nos croyances.

5/ Developper sa présence corporelle et sa conscience de soi : un travail corporel plus ou moins poussé aide à se reconnecter dans l’instant présent (respiration ventrale, yoga, méditation, sophrologie etc.). La 5ème étape est donc de se connecter à soi et à l’instant présent.

Ce travail peut être réalisé seul ou accompagné, notamment par des coachs professionnels certifiés ou tout autre professionnel de l’accompagnement. C’est le meilleur chemin pour avancer sereinement face aux changements inévitables de notre société. L’entreprise libérée, j’aurai l’occasion d’y revenir, n’est que la partie liée à l’entreprise d’un changement de paradigme beaucoup plus profond dans nos sociétés.

Cette avancée doit néanmoins s’accompagner de bienveillance, de respect, d’humilité. Chacun va à son rythme, pas à pas et avec ses moyens. Il est important que chaque personne au sein de l’entreprise comprenne cela, au risque de précipiter et de faire échouer le processus.

D’ailleurs, ne dit-on pas que l’entreprise libérée est avant tout un cheminement plutôt qu’une méthode de management ?

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Reynald HECKENBENNER

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